Il y a pas mal d'éléments dont j'ai envie de vous parler sur la mémoire. Tout d'abord, commençons par pourquoi on oublie les choses. On a naturellement tendance à oublier les choses petit à petit. C'est en particulier le cas pour les notions qui rentrent en conflit avec de nouvelles informations auxquelles on vient d'être exposé.
Également, certaines informations peuvent être présentes dans la mémoire mais on ne dispose pas du signal adéquat pour les récupérer donc on ne parvient pas à accéder à ces informations.
Il y a également ce qu'on appelle la courbe de l'oubli d'Ebbinghaus selon laquelle la plus grande partie des informations qu'on apprend est oubliée après un laps de temps très très court. Et plus le temps passe, plus les informations mémorisées sont susceptibles de rester longtemps en mémoire et de survivre sur le long terme.
Par exemple, si je regarde une vidéo de formation sur quelque chose, dans une heure, il y a peut-être 80% d'informations que je vais oublier quasiment immédiatement. Sur les 20% restantes, il va y en avoir peut-être 15% que je vais oublier dans la semaine ou dans le mois. Et les 5% restants, je vais m'en souvenir peut-être toute ma vie.
Par exemple, on est tous plus ou moins familier avec le concept des intérêts composés ou la loi 80-20 ou des choses comme ça, qu'on a peut-être vues à l'école en économie ou des choses comme ça. Par contre, c'est peut-être les deux seuls concepts du monde de l'économie que je suis capable de vous ressortir là, comme ça, rapidement.
Maintenant, comment fonctionne notre mémoire ? Elle est très organisée. Il y a plein de séquences de modèles qui sont ordonnés. Séquences de modèles... on n'enregistre pas des sensations physiques, par exemple, mais par contre, on peut interpréter différents modèles en provenance de nos souvenirs ou du monde qui nous entoure. Notre cerveau assimile les informations qu'on reçoit et il prédit le futur immédiat ou non. Finalement, notre cerveau, c'est une machine à prédiction.
D'ailleurs, quand on commence à avoir une habitude qui s'ancre, on fait appel à plein de modèles stockés dans notre mémoire qui constituent une hiérarchie complexe et qui permet à l'habitude d'être exécutée.
Du coup, qu'est-ce qui fait qu'on arrive à retriever certaines informations de notre cerveau ou pas ?
- C'est le degré de connexion de l'information à des informations qui sont déjà mémorisées.
- Pourquoi est-ce que, typiquement, je vais me souvenir des intérêts composés ? C'est parce que je suis capable d'appliquer mon concept à plein de choses, comme l'investissement en crypto et en bourse, mais aussi à ma santé.
- Je sais qu'en faisant du sport très régulièrement, j'accumule des intérêts composés sur ma santé. Je sais que toutes mes habitudes génèrent des intérêts composés.
- Je sais que mes relations sociales génèrent des intérêts composés aussi puisque plus j'ai de personnes qualifiées dans mon réseau, plus j'ai accès à des personnes qualifiées.
Du coup, pour favoriser la mémorisation d'une information, il faut déjà tout comprendre de l'information, sinon on ne peut pas la connecter à d'autres informations. Et surtout, il faut la connecter densément à plein d'informations qui sont déjà mémorisées.
Nos chances de retenir une information et surtout d'être capable de la réutiliser dépendent de la richesse des connexions qu'on peut faire avec cette information.
Le call to action là-dessus, c'est plutôt de se dire quand on apprend une nouvelle chose, par exemple dans un livre :
- Ok, qu'est-ce que cette information me rappelle ?
- Dans quel autre contexte pourrais-je la réutiliser ?
- Comment puis-je la réutiliser ?
- Est-ce qu'il y a d'autres domaines auxquels ça s'applique ?
- Est-ce que ça vient contredire des idées que j'ai, qui sont déjà présentes dans mes modèles mentaux ?
En fait, on se rend compte aussi qu'à l'école, on n'apprend pas forcément à mémoriser de la bonne façon, c'est-à-dire qu'on apprend à mémoriser du par cœur, mais on ne commit pas cette information dans notre mémoire à long terme. Par exemple, si vous avez des enfants et qu'ils cherchent à mémoriser le théorème de Pythagore, c'est pour ça qu'on dit que c'est bien de faire des projets pratiques.
Cela permet d'associer le théorème de Pythagore, en l'occurrence, à des vrais projets pratiques. Par exemple, vous pourriez construire une sorte de petite rampe pour une petite voiture ou un truc comme ça, en mesurant l'angle, le théorème de Pythagore. Du coup, votre enfant, quand il devra retriever le théorème de Pythagore, il ne pensera pas uniquement au cours de maths ou au prof de maths chiant, non. Il se dira : « Ok, mais j'ai fait une rampe pour mes petites voitures avec mon papa pour ma voiture télécommandée, c'était trop bien. »
Si en plus, il apprend comment l'appliquer à d'autres choses, comme comment construire des pyramides, il se dira : « Ah, mais ça relate aussi à des notions que j'ai apprises en histoire. » Et pourquoi pas aller parler de l'histoire de Pythagore ? Et là, on se rend compte qu'on peut créer 5, 6, 10 points d'ancrage qui permettent de retriever l'information.
C'est un peu ça, de vraiment créer une histoire autour des informations importantes. C'est aussi comme ça que vous choisissez ce que vous voulez mémoriser.
Par exemple, je parle beaucoup du 80-20 ou des intérêts composés :
- Si vous vous en faites un peu comme un muscle, si dans votre quotidien vous vous posez régulièrement le 80-20, par exemple « Ce soir, je vais dîner, c'est quoi le 80-20 des aliments qui me font le plus de bien pour ma santé et que j'aime bien manger ? »
- « Ah tiens, c'est quoi le 80-20 des livres qui m'ont apporté le plus de valeur cette année ? »
- « C'est quoi le 80-20 de mes amis qui m'apportent le plus de bonheur et avec lesquels je me sens le plus fulfil après avoir passé cet appel ? »
Du coup, ça ancre le modèle 80-20. Si le modèle 80-20 ne vous plaît pas du tout, faites pas de connexion avec ça, n'y pensez jamais. Peut-être qu'il y a un autre modèle mental qui vous parlera davantage. C'est comme ça qu'on commit des informations en mémoire.